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Livre 1 – Chant 2 – Part 1 4 septembre 2016

Posté par asams67 dans : Savitri , ajouter un commentaire

Suite de Savitri, la magnifique épopée de Sri Aurobindo. Dans ce passage nous comprenons mieux l’identité spirituelle de Savitri, la Mère divine, et de fait, l’oeuvre invisible, de Mère… 

De plus, ici et là, nous percevons quelques secrets de l’homme, de l’âme et du Divin, nous recevons quelques précieuses indications sur le chemin spirituel.

Ailleurs, nous sommes simplement séduits, frappés par la puissance et la beauté des expressions. 

Ce Savitri est une merveille, un diamant à mille facette. Chaque phrase est un mantra, paraît-il… Il faut lire et laisser agir, un travail énergétique et spirituel se fait… Rien de sorcier là-dedans d’ailleurs : il en va de même chaque fois que nous laissons tomber les mots comme des cailloux dans nos profondeurs… 

Ici, dans cet extrait, c’est tout à fait personnel, je retiens :

- « le ciel qui fait la course avec l’enfer »… Est-ce que cela ne vous rappelle pas les forces de construction et de destruction qui s’affrontent en ce moment ?

- Cette obscurité qui tombe, parfois, quand l’homme s’approche du Divin. Certains l’ont appelé la Nuit obscure ou la Nuit noire de l’âme,. Avec ce fait un peu terrible, d’être jeté nu sur son besoin primordial, à ce niveau de profondeur-là, quand il ne reste qu’un cri… « Qu’est-ce qu’il reste dans un homme quand il n’y a plus rien ? » se demandait et nous demandait Satprem. Finit de jouer à la spiritualité ! Pour découvrir cette mystérieuse entité intérieure sans vêtement. De quoi parle-t-il ?

- La description évidemment du terrible destin de Mère, comment y être insensible, et derrière, son immense amour 

Une compassion insondable, un sanctuaire de silence,

Son aide intérieure débarrait une porte dans les cieux ;

L’Amour en Elle était plus vaste que l’univers

Le monde entier pouvait trouver refuge dans son seul cœur.

SOURIRE MERE

CHANT DEUX

 

L’ENJEU

 

Et cette septième Terre – la nôtre –

s’est allumée une fois de plus,

pour quel défi, ou quel désastre encore ?

 

  

Un temps, retirée dans les domaines secrets de sa pensée,

Savitri voyageait dans un passé comblé d’images

Qui vivait encore et voyait sa fin approcher :

Éteint, il vivait impérissablement en elle ;

Passager et enfui des yeux passagers,

Invisible, tel un revenant fatidique d’elle-même,

Il portait l’avenir sur sa poitrine fantôme.

 

Loin derrière, sur la piste des événements fugitifs,

Le torrent des heures intenses remontait

Tandis qu’au bord de ce flot mystérieux

Peuplé de formes bien-aimées qu’elle ne voyait plus maintenant

Et d’images subtiles des choses qui furent,

Son esprit-témoin, debout, examinait le Temps.

 

Tout ce qu’elle avait espéré, rêvé, été autrefois

Volait devant elle sur ses ailes d’aigle par les cieux de la mémoire.

 

Comme dans une aube intérieure aux flammes polychromes,

Les grand-routes de sa vie et ses sentiers doux

Étalaient leur carte sous sa vision solaire exacte,

Depuis le pays lumineux des jours de son enfance

Et les montagnes bleues de son envol d’adolescente

Et les petits bois de paradis et les ailes de paon de l’Amour,

Jusqu’à cette joie déchirée sous l’ombre silencieuse de la mort

Dans un dernier tournant où le ciel faisait la course avec l’enfer.

 

Douze mois passionnés conduisaient à un jour du destin.

 

Une obscurité tombe sur l’homme, surnaturelle, absolue,

Parfois, lorsqu’il s’approche de Dieu,

Une heure vient où manquent tous les moyens de la Nature ;

Tiré de force de son Ignorance protectrice

Et jeté nu sur son besoin primordial

Il doit, enfin, dépouiller son âme apparente

Pour être l’entité intérieure sans vêtement :

Cette heure-là, maintenant, tombait sur Savitri.

 

Elle touchait ce point où la vie doit être vaine,

Ou bien, consciente de son élément éternel,

Sa volonté doit révoquer la destinée de son corps.

 

Car, seul, le pouvoir sans temps de l’esprit sans naissance

Peut lever le joug imposé par l’enfantement dans le temps.

 

Seul, l’Être qui taille cette image d’être

Peut rayer l’interminable ligne fatale

Qui joint ces noms changeants, ces vies sans nombre,

Ces nouvelles personnes amnésiques,

Et garde, toujours tapie derrière nos actes conscients,

La piste des vieilles pensées et des actes oubliés,

Seul, il peut refuser l’héritage de nos mois enterrés,

Cet accablant legs de nos formes évanouies

Aveuglément accepté par le corps et par l’âme.

 

Tel un épisode dans un conte immémoré,

Le commencement perdu, le motif et la trame cachés,

Une histoire autrefois vivante, a préparé et fait

Notre fatalité présente, enfant des énergies passées.

 

La fixité des séquences cosmiques

Rivées par d’impérieux chaînons cachés,

Elle doit les briser, déraciner par la force de son âme

Son passé, cette barrière sur la route de l’immortel,

Faire table rase et façonner à neuf son destin.

 

Ce colloque des Dieux originels

Qui se font face aux lisières de l’inconnu,

Ce débat de son âme avec le Néant incarné

Doit se livrer corps à corps sur un dangereux front sombre :

Son être doit affronter sa Cause première

Et contre l’univers, peser son moi tout seul.

 

Sur un pic nu où l’Être est seul avec le Rien

Où la vie n’a pas de sens et l’amour pas de place pour se tenir

Elle doit plaider sa cause au bord de l’extinction,

Dans le tombeau de la mort du monde, défendre le cri abandonné de la vie

Et faire valoir son droit à être et à aimer.

 

Il faut transformer la dure économie de la Nature :

L’acquittement de son esclavage passé, elle doit l’obtenir,

Liquider un vieux compte de souffrance,

Rayer du Temps cette longue dette multipliée de l’âme

Et les lourdes servitudes des dieux du Karma *,

Et la lente vengeance de la Loi sans pardon

Et la profonde nécessité de la douleur universelle

Et le cruel sacrifice et les conséquences tragiques.

 

La muraille immémoriale, elle doit la briser,

Percer par les abîmes de sa pensée le monstrueux silence du Vide,

Regarder dans les yeux déserts de la Mort immortelle

Et par son esprit nu, mesurer la nuit de l’Infini.

 

Le grand moment de la douleur était proche maintenant.

 

Tel un bataillon cuirassé marchant à sa destruction,

Les derniers longs jours passaient à une lourde cadence,

Longs, mais trop vite passés, trop proches de la fin.

 

Seule, parmi les nombreux visages aimés,

Consciente, parmi l’ignorance des cœurs heureux,

Son esprit indomptable comptait les heures

A l’écoute du formidable pas prévu

Dans la beauté cachée d’une retraite sauvage et sans hommes.

 

Combattante dans le silence d’une redoutable lice,

A l’insu du monde, elle se battait pour le monde :

Nulle aide n’était là, sauf dedans,

Nul témoin aux yeux terrestres ;

Les Dieux d’en haut et la Nature seule en bas

Étaient les spectateurs de ce formidable combat.

 

Autour d’elle, les austères collines pointaient vers le ciel,

Et les vastes forêts vertes bruissantes et pensives

Murmuraient sans fin leur sourde incantation.

 

Une somptueuse vie dense, colorée, enveloppée d’elle-même,

Drapée dans ses feuilles vive émeraude monochrome

Sertie des rayons de soleil vagabonds et de fleurs heureuses

Cloîtrait la scène solitaire de sa destinée.

 

Là, elle avait grandit à la taille de son esprit ;

Le génie des silences de Titan

Avait trempé son âme dans un vaste esseulement

Lui montrant la réalité nue de son être

Et l’unissait au monde à l’entour.

 

La solitude grandissait ses heures humaines

Sur un fond de l’éternel et de l’unique.

 

Une force de sobre nécessité directe

Réduisait la lourde fabrique des jours humains

Et sa masse encombrante de besoins extérieurs

A un premier mince lambeau de nécessités animales,

Et la puissante immensité de la terre primordiale

Et la songeuse multitude des arbres patients

Et la tranquille rêverie du ciel saphiréen

Et la solennelle majesté des lents mois passaient

Laissant une place profonde en elle pour la pensée et pour Dieu.

 

Là, se vivait le radieux prologue de son drame.

 

Un lieu pour la marche de l’éternel sur la terre,

Reposant dans la ferveur claustrale des forêts

Et regardé par l’aspiration des pics,

Une clairière par une trouée d’or dans le Temps

Où le silence à l’écoute sentait le mot sans paroles

Et les heures oubliaient de passer vers le chagrin et le changement.

 

Là, avec la soudaineté des avènements divins,

Répétant la merveille de la première descente

Et changeant en ravissement la terne routine de la terre,

L’Amour vint à Elle, cachant l’ombre, la Mort.

 

En Elle, Il pouvait assurément trouver son parfait sanctuaire.

 

Depuis que l’être terrestre a commencé sa poussée vers les cieux

A travers la longue épreuve de l’espèce,

Jamais créature plus rare n’avait supporté pareil feu,

Ce test brûlant de la divinité dans notre matière,

La foudre des sommets sur notre abîme.

 

Tout en Elle, portait le signe d’une espèce plus noble.

 

Proche des étendues de la terre, intime avec les dieux,

Altier et rapide son jeune esprit aux larges visions

Voyageant par des mondes de splendeur calme

Volait par-dessus les chemins de la Pensée vers les choses jamais nées.

 

Inébranlable était sa volonté, ardente et bien posée,

Son mental, une mer de blanche sérénité,

Passionnée dans sa coulée, sans une vague trouble.

 

Telle une prêtresse des extases immaculées

Dans sa danse aux énergies mystiques,

Inspirée et mue par les cryptes de la Vérité révélatrice,

Et qui réside dans l’antre prophétique des dieux,

Son cœur de silence dans les mains de la joie

Habitait de ses battements créateurs inépuisables

Un corps comme une parabole de l’aurore

Qui semblait un réceptacle de la divinité voilée

Ou un porte du temple d’or sur les choses de l’au-delà.

 

Des rythmes immortels scandaient ses pas dans le Temps ;

Son regard, son sourire éveillaient un sens céleste

Même dans cette substance terrestre,

Et leur félicité intense

Faisaient couler sur les vies humaines une divine beauté ;

Un vaste don de soi était sa marque innée ;

Une magnanimité comme de la mer ou du ciel

Enveloppait dans sa grandeur tout ce qui vient

Et donnait le sens d’un monde élargi ;

Sa tendre sollicitude était son doux soleil tempéré,

Sa haute passion, tel l’équilibre d’un ciel bleu.

 

Comme un oiseau, ou une âme, qui s’envole, poursuivi,

Les ailes fatiguées, s’échappant d’un monde de tempêtes

Et se souvient, et retrouve une poitrine tranquille

Dans un havre lisse et somptueux de repos protégé,

On pouvait boire la vie encore dans une rivière de douceur forte,

Retrouver l’habitude perdue d’être heureux

Sentir l’air radieux de sa nature de lumière

Et la joie baignée dans la tendresse de son royaume.

 

Une compassion insondable, un sanctuaire de silence,

Son aide intérieure débarrait une porte dans les cieux ;

L’Amour en Elle était plus vaste que l’univers

Le monde entier pouvait trouver refuge dans son seul cœur.

 

La grande divinité insatisfaite pouvait demeurer là :

Vide du petit moi nain dans son air emprisonné

La nature de Savitri pouvait abriter le sublime souffle

Spirituel, qui peut rendre toutes choses divines.

 

Car même ses gouffres étaient des secrets de lumière.

 

A la fois, elle était l’immobilité et le mot,

Un continent de paix radiante,

Un océan de feu vierge sans un frisson :

La force et le silence des dieux étaient siens.

 

En Elle, Il trouvait une vastitude comme la sienne,

Il retrouvait son haut éther ardent

Et se mouvait en Elle comme dans sa maison naturelle.

 

En Elle, Il rencontrait sa propre éternité.

Sri Aurobindo

AUROBINDO AGE

 

 

Karma : conséquence des actes passés (spécialement dans les vies passées).

 

 

 

Livre 1 – Chant 1 – Part 2 28 août 2016

Posté par asams67 dans : Savitri , ajouter un commentaire

Dans cet extrait, entre autre, nous comprenons mieux qui est Mère,

son terrible et magnifique destin,

et la grandeur de son amour pour la terre et les hommes .

MERE 4

*   *   *

Et Savitri aussi s’est éveillée parmi ces tribus.

 

Ils se hâtaient de saluer l’éclatante psalmodie de l’Annonciateur ;

Leurrés par la beauté des chemins apparents,

Ils acclamaient leur part de joies éphémères.

 

Proche de l’éternité d’où Elle venait,

Savitri ne participait point à ces petits bonheurs ;

Puissant étranger sur le terrain humain,

L’Hôte qu avait pris corps en Elle ne répondait pas.

 

Les appels qui font sauter la pensée des hommes

Leurs impulsions, leur poursuite avide et accidentée

Leur illusion de désir aux teintes de papillon

Visitaient son cœur comme une note suave, mais dissemblable.

 

Le messager du Temps, sa brève lumière, n’était pas pour Elle.

 

En Elle, était l’angoisse des dieux

Emprisonnés dans notre forme humaine transitoire,

L’immortel conquis par la mort des choses.

 

La joie d’une Nature plus vaste fut son pays jadis

Mais ne pouvait pas longtemps garder sa couleur d’or céleste

Ni tenir sur cette base terrestre friable.

 

L’étroite marche sur l’abîme profond du Temps,

La petitesse fragile de la vie niaient la puissance ;

Elle avait apporté dans une apparence humaine

La fière ampleur de conscience, la félicité,

Le calme délice qui unit une âme à tout,

La clef des portes flamboyantes de l’extase.

 

Le grain de la terre a besoin de la sève du plaisir et des larmes

Et rejette le don du ravissement qui ne meurt pas :

A la fille de l’infini, elle offre

Sa passiflore d’amour et sa condamnation à mort.

 

Ainsi semblait vain le splendide sacrifice.

 

Prodigue de sa riche divinité,

Elle s’était offerte aux hommes, elle-même et tout ce qu’elle est,

Espérant implanter son être de grandeur

Et que les cieux puissent devenir natifs du sol mortel.

 

Difficile, il est, de persuader la nature terrestre de changer,

La mortalité supporte mal le toucher de l’éternel,

Elle craint la pure intolérance divine

De cet assaut d’éther et de feu,

Elle murmure contre ce bonheur sans chagrin,

Presque avec haine, repousse la lumière qu’Il apporte,

Elle tremble devant son pouvoir de vérité nue

Et frémit devant la puissance et la douceur de sa Voix absolue.

 

Infligeant aux sommets la loi de l’abîme,

Elle souille de sa boue les messagers du ciel :

Les épines de sa nature déchue sont la défense

Qu’elle retourne contre les mains de la Grâce qui sauve ;

Elle salue les fils de Dieu par la mort et par la douleur.

 

Tels des éclairs glorieux, ils traversent la scène terrestre :

Leur pensée solaire s’est éteinte, obscurcie par des esprits ignorants,

Leur œuvre, trahie, leur bien tourné en mal,

La croix pour paiement de la couronne qu’ils apportaient,

Seul reste derrière eux un Nom splendide.

 

Leur feu est venu, il a touché le cœur des hommes,

Puis disparu,

Quelques rares ont pris flamme et grimpé vers une vie plus grande.

 

De même Savitri, différente du monde qu’elle venait aider et sauver,

Sa grandeur pesait sur ce poitrail ignorant,

Et de ce gouffre profond, montait une implacable rétribution :

Une part de sa douleur, sa lutte, sa chute.

 

Vivre avec chagrin, affronter la mort sur son chemin :

Le lot des mortels devenait le partage de l’Immortel.

 

Ainsi prise au filet des destinées terrestres,

Attendant l’heure et le lieu de son épreuve,

Exilée de sa félicitée innée,

Acceptant la vie dans son obscure robe de terre,

Se cachant même de ceux qu’elle aimait,

La divinité était encore plus grande par la fatalité humaine.

 

Une sombre prescience la séparait

De tous ceux dont elle était l’étoile et la mâture ;

Trop noble pour faire savoir le péril et la peine,

Elle gardait le chagrin à venir dans son silence déchiré.

 

Comme l’un qui veille sur des homme devenus aveugles,

Elle assumait le fardeau d’une race inconsciente ;

Abritant un adversaire qu’elle devait nourrir avec son cœur,

Sans faire connaître son acte, sans faire savoir le sort qu’elle affrontait

Sans aide, elle devrait prévoir et craindre et oser.

 

Depuis longtemps prévue, l’aube fatale était là,

Apportant un midi qui semblait comme chaque midi.

 

Car la Nature va son puissant chemin

Insouciante tandis qu’elle brise une âme, une vie ;

Elle laisse ses morts derrière elle et continue sa route,

Seul l’homme constate et les yeux innombrables de Dieu.

 

Même au moment du désespoir de son âme

En ce tragique rendez-vous avec la mort, la peur,

Nul cri ne traversait ses lèvres, nul appel à l’aide,

Personne n’entendait le secret de son malheur,

Calme était son visage, et le courage la gardait muette.

 

Pourtant, seul son être extérieur souffrait et luttait,

Même son humanité était semi-divine,

Son esprit s’ouvrait à l’Esprit en tous,

Sa nature sentait toute la Nature comme sienne.

 

A l’écart, vivant au-dedans, elle portait toutes les vies,

Isolée, elle portait le monde en elle :

Son angoisse faisait corps avec la grande angoisse cosmique,

Sa force reposait sur la puissance des mondes,

Sien, était l’amour de la Mère universelle.

 

Contre le mal qui afflige la racine blessée de la vie,

Et sa propre calamité en était le signe privé,

Elle avait fait de sa douleur un glaive mystique poignant.

 

Un esprit solitaire, un cœur vaste comme le monde,

Elle montait à l’oeuvre impartagée de l’unique Immortel.

 

Au commencement, la vie n’était point chagrine en sa lourde poitrine ;

Au sein de la somnolence primitive de la terre,

Inerte, délivrée dans l’oubli,

Prostrée, elle reposait inconsciente à la frontière du mental,

Obtuse et tranquille comme la pierre et l’étoile.

 

Dans une profonde faille de silence entre deux mondes

Savitri sommeillait loin des peines, non déchirée par l’inquiétude,

Rien ne lui rappelait la douleur d’ici.

 

Puis un lent, vague souvenir a bougé comme une ombre,

Elle a poussé un soupir, posé une main sur sa poitrine

Et reconnu, proche, la douleur attardée,

Profonde, calme, ancienne, devenue naturelle à sa place,

Mais elle ne savait pas pourquoi c’était là ni d’où cela venait.

 

La Puissance qui allume le mental était encore repliée :

Lourds, récalcitrants, les serviteurs de la vie cheminaient

Comme des ouvriers sans salaire de joie,

Morne, la torche des sens refusait de brûler,

Sans appui, le cerveau ne trouvait pas son passé.

 

Seule, une vague nature de la terre portait la forme.

 

Mais de nouveau, maintenant, elle bougeait,

La vie de Savitri partageait le fardeau cosmique.

 

A l’appel muet de son corps,

Son puissant esprit aux ailes lointaines revenait en arrière,

Revenait au joug de l’ignorance et du destin,

Revenait au labeur et à l’usure des jours mortels,

Et allumait une piste à travers d’étranges rêves symboliques

Au reflux des mers du sommeil.

 

Sa demeure dans la Nature sentait une invisible souveraineté

Les chambres obscurcies de la vie s’allumèrent vite,

Puis les battants de la mémoire s’ouvrirent sur les heures

Et les pas fatigués de la pensée s’approchèrent de sa porte.

 

Tout lui revenait : la Terre et l’Amour et le Destin,

Les anciens adversaires l’encerclaient

Telles des silhouettes géantes dans l’arène de la nuit :

Les divinités nées de l’inconscient ténébreux

S’éveillaient pour la lutte et l’angoisse divine,

Tandis que dans l’ombre de son cœur flamboyant,

Au centre sombre de ce combat funeste

Gardien des abîmes inconsolés,

Héritier de ma longue agonie du globe,

Un visage de haute Douleur divine, immobile comme une pierre,

Fixait l’espace de ses yeux vides

Regardant les profondeurs sans âge du malheur,

Mais non le but de la vie.

 

Affligé par sa propre divinité implacable

Enchaîné à son trône, inapaisé, il attendait

L’oblation quotidienne des larmes jamais pleurées de Savitri.

 

La féroce question des heures humaines revivait là tout entière.

 

Le sacrifice de la souffrance et du désir

Offert par la Terre à l’Extase immortelle

Recommençait sous la Main éternelle.

 

Éveillée, Savitri attendait la marche serrée des moments

Et regardait ce dangereux monde au sourire verdoyant,

Elle écoutait le cri ignorant des choses vivantes.

 

Parmi les bruits familiers, la scène inchangée,

Son âme se levait pour affronter le Temps et le Destin.

 

Immobile en elle-même, elle ramassait sa force.

 

C’était le jour où Satyavane devait mourir.

 

Fin du chant 1

Livre 1 – Chant 1 – Part 1

Posté par asams67 dans : Savitri , ajouter un commentaire

Livre 1 - Le livre des commencements

Jamais tant de secrets n’ont été révélés avec tant de beauté

 

Chant 1 – L’Aube symbolique

 A nouveau, c’est l’aube sur la Terre après beaucoup d’autres Terres… disparues et naufragées dans l’éternelle quête de ce qu’est la Terre et de son But.

Savitri aussi s’éveille, fille du Soleil, le jour ou Satyavanne, l’âme de la Terre, doit mourir. La sauvera-t-elle cette fois-ci ?

 

C’était l’heure avant l’éveil des Dieux.

 

Sur le chemin de l’Evénement divin, barrant la route,

L’énorme front de la Nuit, menaçant, seul

Dans son temple d’éternité sans lumière

Reposait immobile aux lisières du Silence.

 

Presque, on sentait, opaque, impénétrable,

Dans le sombre symbole de sa songerie sans yeux,

L’abîme de l’Infini sans corps :

Un zéro insondable occupait le monde.

 

Un pouvoir d’être sans bornes, déchu, éveillé

Entre le premier et dernier Néant,

Se souvenant des entrailles ténébreuses d’où il venait,

Abandonnait l’insoluble mystère de la naissance

Et l’interminable cheminement de la mortalité,

Aspirant à trouver sa fin dans une Nullité vacante.

 

Comme au noir début de toutes choses

Un simulacre muet de l’Inconnu sans visage,

Répétant sans fin l’acte inconscient

Prolongeant sans fin la volonté aveugle,

Berçait la torpeur cosmique de cette Force ignorante

Qui allume les soleils dans un spasme de sommeil créateur

Et porte nos vies dans son tourbillon somnambule.

 

A travers la gigantesque transe vaine de l’Espace,

Dans une informe stupeur sans pensée et sans vie,

Une ombre tournoyait parmi le Vide sans âme,

Jetée une fois de plus à ses rêves incohérents :

La Terre roulait abandonnée dans les gouffres creux,

Oublieuse de son esprit et de son destin.

 

Puis, quelque chose a bougé dans l’obscurité inscrutable :

Un mouvement sans nom, une Idée sans pensée

Insistante, insatisfaite, sans but,

Quelque chose qui voulait être mais ne savait pas comment

Incitait l’Inconscient à réveiller l’Ignorance.

 

Un sursaut soudain est venu laisser une trace frémissante,

Ouvrant la porte d’un vieux besoin usé, jamais comblé

Assoupi dans le subconscient de sa caverne sans lune

L’obligeant à redresser la tête, appeler la lumière absente,

Forçant les yeux clos d’une mémoire évanouie,

Comme celui qui cherche un moi d’autrefois

Et trouve seulement le cadavre de son désir.

 

Il semblait que même dans cette Nullité profonde,

Même dans cet ultime fond de dissolution,

Se cachait une entité oublieuse

Survivante d’un passé détruit et enterré

Condamnée à reprendre l’effort et la douleur

Et à revivre encore une fois dans un monde échoué.

 

Une conscience informe désirait la lumière

Une prescience blanche appelait un changement lointain.

 

Un doigt d’enfant posé sur une joue

Rappelait à la Mère des mondes, distraite,

L’infini besoin des choses :

Un cri d’enfant s’accrochait au sombre Vaste.

 

Insensiblement, quelque part, une déchirure commençait,

Une longue ligne seule de teinte hésitante,

Comme un vague sourire pour tenter un cœur désert,

Troublant la rive lointaine du sommeil noir de la vie.

 

Venu de l’autre côté de l’immensité

Le regard d’une divinité perçait les gouffres mornes ;

Envoyé du soleil en reconnaissance

Au milieu de l’épais repos cosmique,

Dans la stupeur d’un monde malade et las,

Il semblait chercher un esprit solitaire et déserté

Trop déchu même pour se rappeler la félicité perdue.

 

Intervenant dans un univers amnésique,

Son message se glissait à travers le silence récalcitrant :

L’appel à l’aventure de la conscience et de la joie

Gagnait le cœur désillusionné de la Nature,

L’obligeant à renouveler son consentement à voir et à sentir.

 

Une pensée était semée dans le Vide insondé

Un sens naissait dans les grands fonds aveugles

Une mémoire tressaillait au creux du Temps,

Longtemps morte, une âme semblait poussée à vivre ;

Mais l’oubli qui suit la chute

Avait recouvert les tablettes combles du passé,

Tout ce qui avait été détruit devait être rebâti

Et la vieille expérience, labourée et taillée une fois de plus.

 

Tout peut se faire si le toucher de Dieu est là.

 

Un espoir furtif se glissait dans ce qui à peine osait être

Au sein de l’indifférence de la Nuit en dérive.

 

Alors, comme sollicitée dans un monde étranger

Une grâce timide s’est hasardée instinctivement,

Orpheline abandonnée en quête d’une demeure,

Merveille errante sans lieu pour vivre,

Et d’un coin perdu des cieux

Vint un lent geste miraculeux tel un signal caché.

 

Le tressaillement persistant d’une note transfiguratrice

Persuadait la noire quiétude inerte,

Et la beauté et l’étonnement troublèrent les champs de Dieu.

 

Une main aventureuse de pâle lumière enchantée

Irradiait la crête d’un moment fugitif

Et posait des battants d’or sur des gonds d’opale :

Une porte de rêve entrouverte sur le versant du mystère.

 

Un coin radieux laissait transparaître les choses cachées

Forçant l’aveugle immensité du monde à voir.

 

L’obscurité cédait, glissait comme un manteau qui tombe

Découvrant le corps étendu d’un dieu.

 

Alors, par la pâle fente qui semblait tout d’abord

A peine assez pour quelques gouttes de soleils,

Roulèrent en cataracte la révélation et la flamme.

 

Le bref symbole perpétuel recommençait là-haut.

 

Un charme des transcendances inatteintes

S’irisait de la gloire de l’Invisible,

Un message de la Lumière immortelle inconnue

Flamboyait au bord tremblant de la création,

L’aube déployait les teintes somptueuses de son aura

Et enfouissait dans les heures une semence de grandeur.

 

Visiteur d’un instant, la divinité resplendissait ;

Un temps, la Vision s’est tenue aux frontières ténues de la vie,

Penchée sur la courbe songeuse du front de la terre.

 

Traduisant une beauté et une félicité mystérieuses

En hiéroglyphes colorés au sens mystique

Elle traçait les signes d’un mythe signifiant

Qui annonçait la splendeur des aubes spirituelles

Tel un code éclatant dessiné avec le ciel pour page.

  

Presque, ce jour-là, l’épiphanie se révélait

Dont nos pensées et nos espoirs sont les flammes vacillantes ;

Une splendeur solitaire de l’invisible but

Presque, se jetait sur l’Inanité opaque.

 

Une fois de plus, un pas troublait les Vastitudes vacantes ;

Centre de l’Infini, un Visage de calme ravissement

Écartait les paupières éternelles qui ouvrent les cieux,

Une Forme des béatitudes lointaines semblait s’approcher.

 

Ambassadrice entre l’éternité et le changement

La Déesse omnisciente s’est penchée sur les étendues

Qui encerclent le voyage fatidique des étoiles

Et regardait les espaces prêts pour sa marche.

 

Un instant, Elle s’est retournée à demi vers son soleil voilé

Puis, pensive, s’en est allée à son travail immortel.

 

La Terre sentait tout proche le passage de l’Impérissable

L’oreille fine de la Nature entendait ses pas

Le large tournait vers Elle son regard sans limite,

Alors, égrené sur les profondeurs scellées,

Son lumineux sourire

Mit le feu au silence des mondes.

 

Tout devint une consécration et un rite.

 

L’air était une arche vibrante entre la terre et les cieux ;

L’hymne aux vastes ailes d’un grand vent hiératique

Montait, descendait sur l’autel des collines ;

Les hautes frondaisons priaient dans un ciel de révélation.

 

Ici, où notre ignorance crépusculaire côtoie les gouffres

Sur la poitrine muette de cette terre ambiguë,

Ici, où l’on ne sait rien, même du pas devant,

Et la Vérité trône sur le dos d’ombre du doute,

Sur ce champ de labeur angoissé et précaire

Étendu sous quelque vaste regard indifférent,

Témoin impartial de notre joie et de notre malheur,

Notre sol prostré portait le rayon qui éveille.

 

Ici aussi, la vision et le flamboiement prophétiques

Allumaient des miracles dans les formes ordinaires et futiles,

Puis, dissipé, le souffle divin s’est retiré

Indésiré, disparu de la portée des mortels.

 

Une nostalgie sacrée s’attardait dans son sillage,

L’adoration d’une Présence et d’une Puissance

Trop parfaites pour être tenues par des cœurs attachés à la mort,

La prescience d’une merveilleuse naissance à venir.

 

 Un moment seulement la lumière de Dieu peut rester :

La beauté de l’esprit illumine la vision humaine

Transperce de sa passion et de son mystère le masque de la Matière

Et prodigue l’éternité dans un battement du Temps.

 

A l’heure où une âme s’approche du seuil de la naissance

A la frontière du temps mortel et du Sans-Temps,

Étincelle divine engloutie dans les cryptes de la Matière,

Son éclat s’évanouit dans les plans inconscients,

Et de même maintenant, cet embrasement de feu magique

Disparut au grand jour coutumier.

 

Le message s’est éteint, la messagère s’est enfuie.

 

L’Appel unique, la Puissance sans compagnon

Emportait loin, en quelques monde secret,

La merveille et la gloire du rayon suprême :

Elle ne regardait plus notre mortalité.

 

L’excès de beauté naturel à l’espèce divine

Ne pouvait pas être supporté par des yeux temporels ;

Trop réel mystiquement pour habiter l’espace

Son corps de gloire s’est effacé des cieux :

La rareté et le prodige n’était plus.

 

Ainsi fut la lumière habituelle du jour terrestre.

 

Délivrée de son répit du harassement,

Une fois encore la rumeur trépidante de la vie

Poursuivait les cycles de sa quête aveugle.

 

Chacun courait à ses actes quotidiens invariables ;

Les mille créatures de la glèbe et des arbres

Obéissaient à la poussée aveugle du moment,

Et le chef ici-bas au mental incertain,

Seul à regarder la face voilée de l’avenir,

L’homme soulevait le fardeau de son destin.

Introduction

Posté par asams67 dans : Savitri , ajouter un commentaire

    « Et pourtant, c’est pour la joie non la douleur que cette terre fut faite. »                                                                                                                                                                                                                                                                                     Sri Aurobindo – Savitri 

       

  SAVITRI

   Le testament de Sri Aurobindo

 

Toujours il y a eu ce cri de l’amour défait devant la mort, ce Non de feu devant ce Non de pierre. Ce quelque chose dans l’Homme qui n’accepte pas – et c’est toujours l’amour qui a fait face à cette inexorable Négation. C’est devant cela que la brûlure est la plus intense, et la vieille blessure devient comme la Blessure même de la Terre. Les pleurs n’ont jamais servi, mais quelquefois une sublime volonté saisit un cœur. Ce sont nos plus beaux mythes et ils datent d’avant les ruines de Thèbes lorsque, Isis, indomptablement, descendait  chez « les seigneurs de la nécropole » rapiécer le corps démembré de celui qu’elle aimait, Osiris. Toujours, il y a eu cette volonté de vaincre la mort, cet amour plus fort que la mort – nous disons des « mythes », et pourtant, dans ces rêves « inexistants » se cachent les plus puissants ressorts de la race humaine et sa prescience d’un pouvoir à venir. De l’union posthume d’Isis et Osiris est né celui que l’on appelait « l’Enfant », Horus, l’ancêtre des Pharaons, le Faucon d’or… Quel est ce mystérieux enfant né d’outre-tombe, de la mort vaincue ?


Plus tard, il y eut Dèmèter, la « Grande-Déesse » de la Terre, épouse de Zeus, dont la fille, Korè, fut enlevée par Pluton, le « Seigneur infernal ». Ce fut la naissance des Mystères d’Éleusis qui répétaient l’union du Ciel et de cette Terre mortelle, donnant naissance à « l’Enfant divin » – cet enfant d’outre-terre, plus fort que la mort : notre âme… qui n’a pas encore conquis son pouvoir sur la mort. Déjà le mythe s’élargit. Mais l’Enfant, notre enfant, reste toujours outre-terre.


Puis il y eut l’émouvante légende d’Orphée, le chantre « mythique » qui descendit aux Enfers pour arracher son Eurydice bien-aimée à la vieille mort – et ses chants, son amour, conquirent même le cœur de pierre de l’Hadès infernal. Il retrouva son Eurydice… un bref moment. Désolé de cette deuxième mort, Orphée se retire seul en compagnie des animaux sauvages qui le comprennent mieux, peut-être. Mais l’Homme essaye toujours, c’est ce qui le fait sublime parmi toutes les espèces sauvages.


Avant même Éleusis, avant même Ménès, le premier Pharaon d’Égypte près d’Abydos, ou son contemporain, vers l’an trois mille avant notre ère des morts consentants, il y avait la légende de Savitri dont l’amour arrache à la mort son époux bien-aimé, Satyavane. C’est dans le 
Mahabharata que l’on retrouve cette légende, et c’est de là que Sri Aurobindo a tiré son épopée prodigieuse de quelques vingt-trois mille huit cent treize vers, mais en lui donnant un sens plus vaste, cosmique : la Terre arrachée à la mort. Car cette mort, elle est toujours chez nous, mais peut-être pas pour toujours.

 

Je ne grimpe pas à ton Jour perpétuel
De même que j’ai rejeté ta Nuit éternelle…
La Terre est le lieu choisi par des âmes puissantes
La Terre est l’héroïque champ de bataille de l’esprit…
Tes servitudes sur la terre, ô roi,
Sont plus grandes que toutes les glorieuses libertés du ciel…

En moi, l’esprit de l’amour immortel
O
uvre ses bras pour embrasser la race humaine.
Trop lointains sont tes cieux pour les hommes qui souffrent,
Imparfaite est la joie que tous ne partagent pas.
Oh ! se répandre, oh ! encercler et saisir
Plus de cœurs jusqu’à ce que l’amour en nous
Emplisse ton monde !…
N’y a-t-il pas encore un million de batailles à livrer…
N’a-t-il pas encore un million de chants à tisser…
Je sais que je peux soulever l’âme de l’homme jusqu’à Dieu,
Je sais qu’il PEUT faire descendre l’Immortel ici…
Je ne sacrifie pas la terre à des mondes plus heureux…

 

Ce « il », c’est Satyavane. Il PEUT.

C’est l’âme de la Terre tombée (ou entombée) dans l’Ignorance et dans le règne de la Mort. C’est cette âme de la Terre que Savitri, fille du Soleil, vient délivrer – Savitri, la Mère des mondes dans un corps humain, épouse de Satyavane.

Le premier chant de l’épopée de Sri Aurobindo s’achève sur ce vers : « C’était le jour où Satyavane devait mourir. » Le Destin le voulait ainsi – notre Terre va t-elle mourir encore une fois ? Sri Aurobindo avait commencé Savitri dès son retour en Inde, avant le début du siècle, et en 1950, quelques mois avant son départ, il révisait encore le « Livre du Destin ». Cette épopée, c’est le testament de Sri Aurobindo – son exploration, sa question devant cette race humaine inguérissable (semble t-il). Et pourtant l’Homme peut. Mais il ne sait pas qu’il peut, c’est sa colossale Ignorance. Il ne connaît pas son propre Moyen, lui, le fils de l’Immortel – et s’il est le fils de l’Immortel, il doit avoir, il a tous les Moyens de l’Immortel. Il s’est laissé enchaîner par de faux savoirs et de faux saluts, et la Mort règne, naturellement, parce que nous vivons d’elle et de ses faux moyens.
Savitri vient pour « 
briser la loi de fer ».

 

Je ne m’incline pas devant toi, énorme masque de Mort,
Mensonge noir de la nuit devant l’âme intimidée des hommes…
Je suis immortelle dans ma mortalité…
Je foule cette loi avec des pieds vivants.

 

Et c’est le thème constant de Savitri : tu es, tu es… – et qui es-tu ? qui choisis-tu ? et tu peux.

 

Un Esprit qui est personne et innombrable
La seule Personne mystique infinie de son propre monde,
Il multiplie sa myriade de personnalité,
Pose sur tous les corps son sceau de divinité
Et en chacun, siège immortel et unique.

 

Et encore :

 

Une dette mutuelle lie l’homme au Suprême,
Nous devons revêtir sa nature, de même qu’il vêt la nôtre
Nous sommes les fils de Dieu et tels que Lui nous devons être…
Notre vie est un paradoxe avec Dieu pour clef.

 

Mais comment « briser cette loi de fer » ?… C’est la fabuleuse exploration du « Roi », père de Savitri, le pionnier de l’espèce – aucune épopée au monde n’a dit tant de secrets avec tant de beauté. C’est l’expérience même de Sri Aurobindo sous un couvert « poétique » : « Ce n’est pas de la littérature, ce n’est pas de la poésie ! s’exclamait Mère, c’est une description exacte, pas à pas, paragraphe par paragraphe, page par page. »


Les Védas revenus à l’heure de l »obscurité finale ». Et sa découverte centrale, son exploration centrale et pas à pas, peut se ramasser en un seul vers de Savitri, que l’on peut lire avec étonnement parce que nous sommes toujours allés à l’autre bout des choses :

 

   Faire de l’abîme une route pour la descente du Ciel

 

C’est notre paradoxe. C’est le Paradoxe Divin sous notre manteau de Ténèbres. Si nous étions issus des Ténèbres, il n’y aurait que des ténèbres pour nous, à jamais. Mais nous ne sommes jamais allés regarder .
« Le remède est au centre du mal », disait Mère.


Seulement, c’est plus difficile.


C’est notre Défi humain.

 

La vie que vous menez cache la lumière que vous êtes…
Vous étiez faits de la substance de l’Immortel
Vos actes peuvent être de rapides foulées révélatrices
Votre vie, un moule changeable pour les dieux qui grandissent
Un Voyant, un puissant Créateur est dedans…
Auteurs des grandes métamorphoses terrestres c’est à vous qu’il est donné
De traverser les dangereux espaces de l’âme…
Et d’affronter l’infini dans sa demeure de chair
Et que cette vie devienne les millions de corps de l’UN.

 

Cette route à travers l’abîme, Sri Aurobindo et Mère l’ont taillée dans leur propre corps.
En Savitri, on peut reconnaître Mère.

 

Alors, par un tunnel creusé dans le dernier roc
Elle est sortie, là ou brillait un soleil immortel.

 

Ce sont nos racines mêmes, ténébreuses, inconscientes, endormies, qui contiennent l’arbre plein de notre Évolution nouvelle – l’autre bout de cette « noire enveloppe » entourée de toutes parts, en bas comme en haut, d’un Soleil immortel.

 

Il tirait les énergies qui transmueront un âge

dit le Roi dans Savitri.
Et tous ces millions d’années qui nous semblent si longues :

Seuls, des commencements ont eu lieu ici…
Ce que, maintenant, nous voyons est une ombre de ce qui doit venir.

 

Introduction et traduction de SATPREM

 

Le mot du Destin 27 août 2016

Posté par asams67 dans : Savitri , ajouter un commentaire

Savitri, plus que de la poésie, Savitri est la vision de Sri Aurobindo. 

savitri (1)

C’est bien sûr merveilleusement écrit, merveilleusement traduit par Satprem et certains passages bouleversants et terriblement d’actualité donnent du sens et une profondeur inégalée à ce qu’ils se passe actuellement sur terre. 

Sri Aurobindo, toute sa vie, travailla sur Savitri, c’est en quelque sorte son testament. 

Pour comprendre comment cet extrait, et tant d’autres, sont encore d’actualité, alors que Sri Aurobindo a quitté son corps physique en 1950, nous devons savoir que sa vision fut une action. Il a tellement semé dans la conscience et semé si profondément (voir Le Labeur d’un Dieu) que nous en récolterons les fruits pendant des siècles. 

L’extrait suivant est tiré du livre 6, le livre du destin 

Chant 1 – Le mot du destin 

(Narad, le chantre céleste, le Voyant, occupe une place toute spéciale dans la tradition indienne : c’est un homme divinisé, l’annonciateur ou le précurseur de l’Homme divin à venir. Il n’est pas « né dieu », mais homme devenu dieu. 

Il a pris rang parmi les immortels et il peut à volonté se déplacer parmi les trois mondes, sur les sommets supraconscients et à travers notre monde physique et mortel, et les mondes subconscients ou « inconscients » qui recèlent les clefs de notre avenir. 

Il connaît donc les trois temps, passé, présent et à venir, et c’est lui qui annonce le Destin de Savitri et Satyavanne.) 

* * *

 

Par de silencieux confins à la frontière du plan mortel,

Traversant de vastes étendues de paix lumineuse

Narad, le sage céleste du Paradis

Descendait, chantant dans l’immensité radieuse de l’air.

 

Attiré par l’été doré de la terre

Posée sous lui comme une boule ardente

Lancée sur quelques tables des Dieux

Roulée et mue comme par ne invisble main

Pour attraper la chaleur et la flamme d’un petit soleil,

Il quittait les heureux chemins de l’Immortel

Vers un monde de labeur et de quête et de chagrin et d’espoir,

Vers ces lieux où la vie et la mort jouent à la bascule.

 

A travers les frontières impalpables d’un espace d’âme

Il est passé du monde Mental au monde des choses matérielles

Parmi les inventions du Moi inconscient

Et les rouages d’une Force somnambule aveugle.

 

Sous lui, brûlait une myriade de soleils tournoyants :

Il a percé les ondes de l’océan éthéré,

Un Air originel apportait la joie d’un premier toucher,

Un esprit secret prenait son formidable souffle

Contractant et dilatant cet énorme univers ;

Dans sa grandiose révolution à travers le Vide

La puissance secrète du feu créateur

Déployait son triple pouvoir constructeur et créateur des formes,

Sa danse ondulatoire qui tisse d’infinitésimales étincelles,

Ses nébuleuses qui bâtissent la forme et la masse :

La base magique et la trame du monde,

Sa radiance qui éclate dans la lumière des étoiles ;

Narad sentait la sève de la vie, la sève de la mort,

Il s’enfonçait dans la communion dense de la Matière solide

Dans l’obscure unité de ses formes

Il partageait l’identité d’un Esprit muet.

 

Et voici qu’il voyait l’Être cosmique à la tâche,

Ses yeux mesuraient les espaces, sondaient les abîmes,

Son regard intérieur suivait les mouvements de l’âme,

Il voyait l’éternel labeur des Dieux,

Il observait la vie des bêtes et des hommes.

 

Alors le ton du chanteur a changé,

Une émotion et un émerveillement faisaient vibrer sa voix :

Il ne chantait plus la lumière qui jamais ne pâlit

Ni l’unité, ni la pure félicité immortelle,

Il ne chantait plus le cœur impérissable de l’amour,

Son chant était un hymne de l’Ignorance et du Destin.

 

Il chantait le nom de Vichnou*, et la naissance

Et la joie et la passion du monde mystique,

Et comment les étoiles furent créées et la vie commença

Et les terres silencieuses s’animèrent avec le battement d’une âme.

 

Il chantait l’Inconscient et son moi secret,

Son pouvoir tout-puissant sans savoir ce qu’il fait,

Qui modèle tout sans vouloir, sans penser ni sentir,

Son mystère occulte, infaillible et aveugle,

Et les ténèbres qui ont soif de l’éternelle Lumière,

Et l’Amour qui couve au fond des sombres abîmes

Attendant une réponse des cœurs humains,

Et la mort qui grimpe vers l’immortalité.

 

Il chantait la Vérité qui crie au fond de la Nuit aveugle,

Et la Mère de Sagesse cachée dans la poitrine de la Nature

Et l’Idée qu œuvre derrière cette Nature muette

Et le miracle de ses mains transmutatrices :

Il chantait la vie qui sommeille dans la pierre et dans le soleil

Et le mental subliminal dans la vie sans mental,

Et la conscience qui s’éveille dans les bêtes et dans les hommes.

 

Il chantait la gloire et la merveille qui doivent naître

Et le Suprême qui arrache enfin son voile,

Il chantait le corps devenu divin et la vie devenu félicité,

L’immortelle tendresse qui embrasse l’immortel pouvoir,

Le cœur qui sent directement les cœurs,

La pensée qui voit directement les pensées,

Et le délice quand toutes les barrières tombent,

Et la transfiguration et l’extase.

 

Alors, tandis qu’il chantait les démons se mirent à pleurer de joie

Voyant venir la fin de leur longue et terrible tâche

Et la défaite qu’ils avaient en vain espérée,

Et l’heureuse délivrance du destin funeste

Qu’ils avaient eux-mêmes choisi

Et le retour en l’Un d’où ils étaient venus.

 

* Vichnou, le dieu créateur

Pacification du mental 22 août 2016

Posté par asams67 dans : Calme - Paix - Egalité,Vidéos , ajouter un commentaire

Un court enregistrement d’une lettre de Sri Aurobindo :

 

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Tranquillité et silence

Posté par asams67 dans : Calme - Paix - Egalité , ajouter un commentaire

« Le premier pas est d’avoir un mental tranquille. Acquérir le silence est le pas suivant ; mais la tranquillité doit être là, d’abord.

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Et par mental tranquille, j’entends une conscience mentale au-dedans qui voit les pensées venir à elle et se mouvoir, mais qui, elle-même, ne sent pas qu’elle pense, ne s’identifie pas aux pensées et ne les appelle pas siennes.

Des pensées et des mouvements peuvent traverser le mental, comme des voyageurs apparaissent, venus d’ailleurs, et passent à travers une conscience silencieuse ; le mental tranquille les observe, ou ne prend pas la peine de les observer, mais dans l’un et l’autre cas, il ne devient pas actif et ne perd pas sa tranquillité.

Le silence est plus que la tranquillité. Il peut être acquis en bannissant totalement du mental intérieur les pensées, en les gardant muettes ou complètement en dehors. Mais il s’établit plus facilement par une descente d’en haut : on le sent descendre, pénétrer et occuper, ou entourer la conscience personnelle, qui tend alors à s’imaginer dans le vaste silence impersonnel. »

Sri Aurobindo 

Maîtrise des pensées 21 août 2016

Posté par asams67 dans : Calme - Paix - Egalité , ajouter un commentaire

« Très certainement, le rejet des doutes implique la maîtrise des pensées.

Pour le yoga, et aussi en dehors du yoga, la maîtrise de nos pensées est aussi nécessaire que la maîtrise de nos passions et de nos désirs vitaux, ou celle des mouvements de notre corps.

On ne peut même pas devenir un être mental pleinement développé si l’on ne domine pas ses pensées et si l’on n’est pas leur témoin, leur juge et leur maître, le Pourousha mental, manômaya pourousha, sâkshi, anoumantâ, îshwara.

Il ne sied pas davantage au mental d’être la balle de tennis de pensées déréglées et incontrôlables, que d’être un vaisseau sans gouvernail dans l’orage des désirs et des passions, ou un esclave de l’inertie et des impulsions du corps.

Je sais que c’est difficile, car étant avant tout une créature de la Prakriti mentale, l’homme s’identifie aux mouvements de son mental et ne peut pas subitement se dissocier et se tenir à l’abri des tourbillons et des remous de la tempête mentale.

Il lui est relativement facile de maîtriser son corps (du moins une certaine partie de ses mouvements), il est moins facile, mais encore très possible, après une certaine lutte, d’acquérir une maîtrise mentale de ses impulsions et désirs vitaux ; mais s’asseoir au-dessus du tourbillon des pensées, comme le yogi tantrique sur la rivière, est moins aisé. Néanmoins, cela se peut.

Tous les hommes mentalement développés, ceux qui sont au-dessus de la moyenne, doivent d’une façon ou d’une autre, du moins à certains moments de l’existence et à certaines fins, séparer les deux parties de leur mental : la partie active qui est une fabrique de pensées, et la partie calme et maîtresse qui est à la fois Témoin et Volonté, qui observe, juge, rejette, élimine ou accepte les pensées, imposant les corrections et les changements ; c’est le Maître dans la maison mentale, capable d’empire sur soi, sâmrâjya.

Le yogi va encore plus loin . Il est non seulement le maître, mais, tout en étant d’une certaine manière dans le mental, il en sort pour ainsi dire, et se tient au-dessus, ou complètement en arrière, libre.

Pour lui, l’image de la fabrique de pensées n’est plus tout à fait valable, car il voit que les pensées viennent du dehors, du Mental universel ou de la Nature universelle, parfois formées et distinctes, parfois sans forme, puis elles reçoivent une forme quelque part en nous.

La principale occupation de notre mental est de répondre et d’accepter ou de refuser ces ondes de pensée (de même pour les ondes vitales et les ondes d’énergie du physique subtil), ou encore de donner une forme mentale personnelle à cette substance mentale (ou aux mouvements vitaux) venus de la Nature-Force environnante.

Les possibilités de l’être mental ne sont pas limitées ; il peut être le libre Témoin et le Maître dans sa propre maison. La liberté progressive et la maîtrise du mental sont parfaitement dans les moyens de quiconque possède la foi et la volonté d’entreprendre cette conquête. »

Sri Aurobindo 

sriaurobindo_1950

 

 

Trois conditions 18 août 2016

Posté par asams67 dans : Calme - Paix - Egalité , ajouter un commentaire

« Pour être capable de recevoir le Pouvoir divin et de le laisser agir à travers vous sur la vie extérieure, trois conditions sont nécessaires ;

1) Le calme, l’égalité : ne pas vous laisser troubler, quoi qui’il arrive, garder un mental immobile et ferme qui observe le jeu des forces, mais reste lui-même tranquille.

2) Une foi absolue : la foi que c’est le meilleur qui arrivera, mais aussi que si vous pouvez devenir un vrai instrument, le fruit sera celui que votre volonté, guidée par la Lumière divine, voit comme la chose qui doit être, kartavyam karma.

3) La réceptivité : la capacité de recevoir la Force divine et de sentir sa présence et la présence de la Mère en elle, et de la laisser faire son oeuvre en guidant votre vision, votre volonté et votre action. Si ce pouvoir et cette présence peuvent être perçus et que cette plasticité devienne l’habitude de la conscience en action – mais une plasticité à la seule Force divine, sans admettre aucun élément étranger – le résultat final est sûr. »

Sri Aurobindo 

SRI AUROBINDO

Définitions 1 août 2016

Posté par asams67 dans : Calme - Paix - Egalité , ajouter un commentaire

« Les mots : « Paix, calme, tranquillité, silence », ont chacun leur nuance de signification, mais il n’est pas facile de les définir.

La paix – shânti

Le calme – sthiratâ

La tranquillité – achanchalatâ

Le silence – nishchala nîravatâ

La tranquillité est un état dans lequel il n’y a ni agitation ni trouble.

Le calme aussi est un état inébranlable qu’aucun trouble ne peut affecter ; c’est un état moins négatif que la tranquillité.

La paix est un état encore plus positif ; elle porte en soi le sens d’une délivrance et d’un repos stable et harmonieux.

Le silence est un état où il ne se produit pas de mouvements du mental ni du vital, ou dans lequel règne une grande immobilité qu’aucun mouvement de surface ne peut percer ni altérer. »

SRI AUROBIDO ECRIT

 

Sri Aurobindo

 

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